Ce mois d’octobre est un mois rempli d’activités et de journées importantes, dont la journée mondiale des enseignant·es qui a lieu ce 5 octobre. Comme le souligne l’UNESCO, cette journée, qui commémore la signature de la Recommandation OIT/UNESCO concernant la condition du personnel enseignant de 1966, est devenue l'occasion de célébrer les progrès et de réfléchir aux moyens de surmonter les défis qui subsistent dans la promotion de la profession enseignante. Après plus d’une année jalonnée de nombreux défis causés par la pandémie du coronavirus et les mesures de restrictions sanitaires, il est d’autant plus important de soutenir la profession dans son ensemble, de soutenir le bien-être et le développement professionnel. 

arEn juin, lors d’une formation en ligne sur la posture, les enseignant·e·s nous ont partagé le bien que cela leur a fait de se (re)poser les questions philosophiques sur l’enseignement. S’arrêter un instant pour se demander, non pas comment mais pourquoi enseigner ? Quelle finalité espérer dans notre système d’enseignement ? Quels enjeux sont liés à ces finalités ? Quelle cohérence entre mon rôle/ma posture d’enseignant·e et mes valeurs et mes aspirations ?  

 

Irène Pereira* nous invite à la réflexion en identifiant trois finalités contradictoires au sein du système d’enseignement actuel : instruire, éduquer et former. L’instruction, se rapporte à la vision traditionnelle de l’école qui a pour objectif de faire acquérir une culture scolaire (culture humaniste, scientifique ou technique, c’est selon) aux élèves. L’éducation, quant à elle, vise à l’épanouissement personnel ou l’apprentissage de la vie sociale. Enfin, la formation, privilégie un objectif d’employabilité des futurs travailleurs. Ces finalités paradoxales trop peu discutée dans le débat public entrainent une perte de sens, de cohérence au sein des corps enseignants et parfois de motivation. Faut-il privilégier l’épanouissement personnel pour correspondre au marché du travail ou faut-il développer des citoyen·ne·s pour vivre dans nos sociétés ou encore faut-il viser une émancipation individuelle et collective ?   

Le pédagogue brésilien, Paulo Freire, offre des pistes de réponses ancrées dans sa pratique pour une éducation libératrice/émancipatrice. En très bref, il distingue l’éducation bancaire, c’est à dire un transfert de connaissance, de la pédagogie dialogique où existe un réel dialogue entre apprenant·e et enseignant·e. Cette pratique dialogique revendique la non-neutralité politique de l’éducation mais tend vers l’objectivité afin de permettre aux élèves de se construire leurs propre vision critique du monde dans lequel nous vivons.  

Cette approche se fonde notamment sur trois principes : la reconnaissteaance de tous les êtres comme inachevés, que les apprenant·e·s ne sont pas des pages blanches et ont dû savoir ancrés dans leurs récits de vies et troisièmement que “personnes n’éduquent personnes mais que les hommes s’éduquent entre eux par l’intermédiaire du monde”. La posture de l’enseignant·e est dès lors la clé de voute de l’éducation. Celui·le-ci est en constant apprentissage sur les oppressions et discriminations que peuvent vivre ses élèves. En effet, les conditions de vie des élèves influencent leur compréhension du monde, leur capacité à apprendre et à répondre aux défis mais ne les conditionnent pas. En effet, prendre conscience de ces influences et des oppressions qui nous entoure à un double objectif. Dans un premier temps, il s’agit pour l’enseignant·e de ne pas les reproduire, même inconsciemment. Ensuite, il importe de les démanteler en développant une conscience sociale critique pour transformer la société en vue de davantage de justice sociale.  

Pour conclure, les auteurs cités ci-dessus nous invitent à rester en quête perpétuelle de cohérence et de développer un agir éthique. C'est dans ce cadre de réflexions que nous lançons pour vous un Cercle de pratiques pédagogiques en citoyenneté mondiale afin de se soutenir mutuellement et de cheminer ensemble une fois par mois à partir du 13 novembre 2021.  

Chez Annoncer la Couleur nous espérons pouvoir vous accompagner aussi à travers nos formations en éducation à la citoyenneté mondiale et lors de la journée d’inspiration en mars 2022. Ensemble, osons questionner le monde dans lequel nous vivons, testons des outils pédagogiques et donnons-nous les moyens de rêver un monde plus juste et durable qui commence dans la classe.  

N’hésitez pas à nous contacter si vous avez des questions et des suggestions à nous transmettre, toute notre équipe est à votre disposition. 

 

* Irène Pereira, Bréviaire des enseignant·e·s. Science, éthique et pratique professionelle. P. 18. 2018

** Photos : https://ligue-enseignement.be/jeune-enseignant-toutes-ces-choses-que-lon-ne-ma-jamais-dites/