Elèves aujourd’hui, globes trotteurs demain

Après une année scolaire chamboulée, ces vacances d’été 2020 furent particulières pour le monde entier. Ne pouvant plus circuler librement dans le monde, le belge a dû redoubler d’imagination afin de s’évader quelques jours. En opposition aux aéroports vides, les plages et montagnes se sont remplies. Remplies de monde, de masques et de déchets.

Criant à la liberté et l’évasion, le belge voyageur oublie souvent à quel point il ou elle est privilégiée. En effet, partir en vacances n’est pas possible depuis très longtemps pour les belges de la classe moyenne et encore moins pour tout le monde. En 1936, la nouvelle loi des congés payés a sonné une révolution sur le royaume. Les inégalités sociales se réduisent et la société de consommation débute. Les entreprises s’organisent pour offrir à leurs employés et leur famille des séjours « tout compris » à prix réduit. Face à cette augmentation de vacancier·e·s, pour se différencier de la classe populaire et ne pas risquer de les croiser sur les plages, l’« élite »  développe une série de formules de voyage inaccessibles aux petites bourses : ski en hiver, voyage culturel à l’étranger, découverte d’une ville, séjour en club ... 

Aujourd’hui, le tourisme joue une place importante dans l’économie mondiale et régionale. En Belgique, le tourisme représente 5,6 % du PIB (2018)[1].  Des enjeux géopolitiques sont également à prendre en compte. Certains pays sont dépendants des touristes étrangers et les relations politiques doivent favoriser ces échanges. Par exemple, la France compte sur les 2.2 millions de touristes (2018) chinois·es qui visitent son pays chaque année et sur leur argent. Rentrer en conflit ou désaccord politique avec la Chine serait mal venu pour l’économie française.

L’impact économique et social du tourisme est donc une évidence. Celui sur l’environnement doit l’être également. En effet, le tourisme est responsable de 52% des déchets en mer Méditerranée[2] et ¼ des bateaux de croisières émettent 10x plus d’oxyde de soufre que toutes les voitures européennes[3].

Le confinement et son impact positif sur l’environnement (canaux de Venise à nouveau transparents, réduction de la pollution atmosphérique, “jour de dépassement” 2020 ayant reculé d’un mois par rapport à 2019[4] …) a permis une légère prise de conscience générale : il est possible de voyager sans gonfler son empreinte écologique et en découvrant des merveilles dans sa région.

“Jusqu’au Covid-19, l’expansion du tourisme a résisté aussi bien aux crises économiques que climatiques, même au prix de contradictions systémiques avec les objectifs affichés de réduction de la dépendance aux énergies fossiles. [...] La révélation de cette vulnérabilité conforte deux angles morts des politiques touristiques : d’une part, privilégier les clientèles locales et régionales, perspective que les tours opérateurs réintègrent de manière positive à leur discours et, d’autre part, réduire la dépendance au tourisme de nombre de territoires dans lesquels il est devenu une monoactivité, et donc un facteur de fragilité.” [5]

Plusieurs solutions de tourisme plus durable sont possibles. Celles-ci tiennent compte des objectifs économiques, sociaux et environnementaux. “Il ne faut pas que l’on s’enferme dans la dictature du carbone mais que l’on rappelle également les vertus du tourisme, facteur de paix et de rencontre entre les peuples.” (J. Buot, président d’Agri pour un tourisme responsable (ART)[6]). Par exemple, le vélotourisme, la randonnée ou le tourisme itinérant ont le vent en poupe. De nombreuses initiatives s’opposent aux géants de l’hôtellerie comme le site Fairbooking qui propose une alternative “circuit court” aux centrales de réservation en ligne, Vao Vert qui favorise des hébergements “écoresponsables” ou encore Fairbnb qui reverse la moitié des frais de gestion à des “projets solidaires” locaux au choix du voyageur.

Mais attention, dans le tourisme comme dans les autres secteurs, le greenwashing se multiplie. Le consommateur doit donc redoubler de prudence. Une solution pourrait être une “vraie taxe carbone calculée sur toutes les émissions liées aux déplacements afin que chaque acteur paie pour l’empreinte qu’il laisse sur le climat. (J-Fr. Rial, président du groupe Voyageurs du monde) [7]”.

 

[1] K. Dupont. “Quelles villes belges tirent le plus profit du touristes étrangers” la Libre. Août 2018. https://www.lalibre.be/economie/placements/quelles-villes-belges-tirent-le-plus-profit-des-touristes-etrangers-5b619f3e55326925486ce92b

[2] M. Randone, “Revining the economy of the Mediterranean Sea : Actions for sustainable future”, WWF, Rome, 2017

[3] “One corporation to pollute them all. Luxury cruise air emissions in Europe”, Transport et Environnement, European Federation for Transport and Environment, Bruxelles, juin 2019”

[4] https://www.overshootday.org/newsroom/dates-jour-depassement-mondial/

[5] P. Bourdeau. “Le bout du monde en bas de chez soi”. Le monde diplomatique pp. 16-17. Juillet 2020. https://www.monde-diplomatique.fr/2020/07/BOURDEAU/61947

[6] G. Clastres. “A la recherche du voyage écoresponsable”. Le monde diplomatique pp. 14-15. Août 2020. https://www.monde-diplomatique.fr/2020/07/CLASTRES/61949

[7] G. Clastres. “A la recherche du voyage écoresponsable”. Le monde diplomatique pp. 14-15. Août 2020. https://www.monde-diplomatique.fr/2020/07/CLASTRES/61949