Et voilà que commence le déconfinement ! Petit à petit, nous allons ressortir, voir quelques proches, reprendre peut-être le chemin du bureau. Quelques enfants vont retourner à l’école, un peu, avec grande précaution. Inévitablement, la vie va finir par reprendre ses droits.

Et pourtant, en seulement trois mois, il a changé nos vies, ce virus ! On a appris à vivre autrement, à communiquer autrement, à travailler autrement, à consommer autrement. On a suivi la progression du virus, sa trajectoire sur la carte mondiale, on a vu les frontières se fermer petit à petit, les humains se confiner partout dans le monde. On a pris l’habitude du rendez-vous de 11h, du décompte des décès, des personnes hospitalisées, du nombre de lits restant en réanimation. On est sorti à 20h sur nos balcons, dans nos jardins, à nos fenêtres pour applaudir, pour se voir aussi, et pour se sentir toujours vivants, connectés, solidaires. On a vu des travailleur·se·s se sacrifier pour sauver des vies, pour assurer la continuité des soins, de la chaîne alimentaire, ou garder les enfants de ceux qui ne pouvaient pas rester à la maison. On a aussi vu parfois la défiance s’installer, les portes et les visages se fermer, les supermarchés se vider, les réflexes de survie et la peur prendre le pas sur la raison et le partage.  

Une même expérience

On a vécu cette crise ensemble, et pour la première fois, une même expérience s’est inscrite en même temps dans le corps et la mémoire de plus de trois milliards d’humains sur terre. Si on n’avait pas encore compris à quel point le monde est interdépendant, la preuve en est maintenant faite ! Bien sûr, on le savait déjà, depuis des années nous sommes confronté·e·s à des enjeux d’envergure mondiale : changement climatique, crise migratoire, renforcement des inégalités, financiarisation des économies, autant de combats mondiaux qui ont commencé à rassembler une société civile globalisée. Alors, en quoi cette crise est-elle différente ? Peut-être parce que, cette fois-ci, nous avons vécu dans notre chair partout sur la terre la même expérience du confinement. Trois milliards d’humains ont vécu en même temps au rythme d’un événement planétaire qui a bouleversé nos routines, nos habitudes, nos certitudes.  

Révélateur des inégalités

En même temps, dire cela ne doit pas nous faire oublier que si nos corps à tous et toutes ont été empêchés de circuler librement, les conditions du confinement n’ont pourtant pas été égales. Cette crise sanitaire a été aussi un puissant révélateur des inégalités : les sans-domicile, celles et ceux qui habitent à cinq dans un studio en ville, les isolé·e·s, les personnes handicapées, celles et ceux qui ont perdu leur boulot, les travailleur·se·s en chômage temporaire, les sans-papiers, les artisan·ne·s, les petits entrepreneur·se·s qui ne savent pas si leur entreprise pourra s’en remettre, les travailleurs toujours au boulot, en contact potentiel avec le virus, et qui craignent de contaminer leur famille au retour, les parents solo qui bouclent une réunion Skype sur la table de la cuisine avec les devoirs du grand à corriger, le petit à divertir et le repas à préparer, les aînés, soudainement privés de leur famille… autant de situations contrastées qui ont révélé les inégalités qui marquent nos sociétés.

Plus globalement aussi, ces inégalités se sont creusées : entre les pays qui disposent d’un système de santé performant et ceux qui n’en n’ont pas ; entre ceux qui octroient des droits sociaux et des indemnités de chômage, et ceux qui laissent jouer sans l’encadrer le cycle de l’offre et de la demande ; entre les personnes qui peuvent rester chez elles et vivre de leurs réserves, et celles qui n’ont à manger que ce qu’elles ont gagné le jour même ; entre ceux qui ont de l’eau et du savon pour se laver les mains, et ceux qui n’ont pas l’eau courante.

Des modes de vie dépassés

La crise sanitaire a aussi exposé les conséquences de nos modes de vie non-soutenables : le bouleversement des écosystèmes par l’Homme a vraisemblablement accéléré l’arrivée de nouveaux virus via la contamination animal-homme ; les scientifiques nous alertent depuis quelques temps déjà sur la présence de virus potentiellement mortels contenus dans le permafrost, en cours de dégel du fait du réchauffement climatique ; les conséquences sur les poumons du COVID-19 sont probablement aggravées par la pollution ambiante ; on a aussi découvert à quel point les chaines alimentaires globalisées nous laissaient vulnérables en cas d’arrêt mondial.

La période actuelle peut être l’occasion de proposer de nouveaux systèmes économiques plus humains, plus locaux, plus durables, plus égaux"

Que peut-on en retirer ?

Alors que nous reprenons maintenant nos vies, il est bon de tirer les leçons et de ne pas oublier. L’après COVID-19 pourrait être les prémisses d’une nouvelle ère, ou il pourrait aussi signer un retour en arrière, vers un monde plus inégal et plus fermé. 

Les conséquences économiques d’un arrêt si brutal et si long seront sans doute terribles : la période actuelle peut être l’occasion de proposer de nouveaux systèmes économiques plus humains, plus locaux, plus durables, plus égaux, ou bien les politiques d’austérité peuvent faire leur grand retour, au détriment des populations. Les conséquences environnementales de la crise peuvent être positives ou négatives :  nous avons vu sur les images satellites la baisse de la pollution entraînée par l’arrêt des activités économiques, nous gardons en mémoire ces images des dauphins revenus dans les canaux de Venise*, nous pouvons imaginer ce que serait le monde si l’on s’engageait véritablement vers des politiques en faveur de l’environnement, qui mettraient l’humain et son habitat en leur centre. Mais certains nous alertent déjà quant à la probabilité que les projets environnementaux soient sacrifiés sur l’autel de la crise économique qui s’annonce.

Quant aux conséquences sociales de cette crise, elles peuvent se révéler positives si l’on rebâtit nos relations sur l’élan de solidarité qui a marqué ces trois derniers mois, si l’on continue à prendre soin les uns des autres. Ou bien elles peuvent signer le retour des frontières, du repli sur soi, de la peur de l’autre, de celui qui peut contaminer ou déranger.

Agir en citoyen·ne·s responsables...

Finalement, c’est à nous de décider du nouveau monde qui doit émerger de cette crise, faisons-le plus juste, plus humain, plus solidaire.  Rappelons-nous que nous aussi nous étions chez nous en 2020, que nous avons protégé les autres et qu’ils nous ont protégé, que nous avons eu peur, souffert et espéré en même temps. Maintenant que nous sommes dehors, cultivons ces liens qui nous unissent, empêchons le retour au business as usual, et amorçons la transition !

 

Pour aller plus loin

https://www.cetri.be/Bernard-Duterme-Tout-comme-la
https://www.cetri.be/Le-coronavirus-vu-du-Sud
https://www.cncd.be/arnaud-zacharie-covide-19-coronavirus-crise-dette-pays-developpement
https://www.cncd.be/arnaud-zacharie-pandemie-coronavirus-covid-19-revelateur-crises 

Pour parler de la crise du coronavirus avec ses élèves

👉 Nous proposons ici aux enseignants·e·s de secondaire (toutes disciplines) des pistes de réflexion pour aborder la crise du coronavirus en classe, en prenant un peu de hauteur... 💬 Pistes de réflexion et débats à faire en 15 minutes (ou plus si vous le pouvez)

👉 Pour les profs de primaire et secondaire, vous trouverez ici une liste de ressources pédagogiques à utiliser avec vos élèves, en classe ou à distance.

* Une lectrice attentive nous informe que cette information relative aux dauphins est fausse, malheureusement. Merci a elle ! https://www.nationalgeographic.fr/environnement/2020/03/coronavirus-attention-aux-fake-news-sur-le-retour-de-la-vie-sauvage?fbclid=IwAR39blOd8yS8RtN7YUrovoX9iG3C8YQxi0tHXFTGYB9M8KkSfDkMHeCQ-lA