SOUS LES PROJET-CTEURS I « Connaître l’autre », un projet pour valoriser les élèves primo-arrivants dans l’école

Depuis 5 ans, l’Institut Dominique Pire, situé non loin de la gare du Midi, à Bruxelles, accueille chaque année des élèves en DASPA - Dispositif d'Accueil et de Scolarisation des élèves Primo-Arrivants. Ces jeunes,  arrivés en Belgique depuis moins d’un an, sont inscrits pour une durée limitée dans des classes passerelles pour y bénéficier d’un accompagnement scolaire et pédagogique adapté à leurs profils d'apprentissage, notamment les difficultés liées à la langue de scolarisation et à la culture scolaire.
 
Christine Wuestenberghs est coordinatrice de la section DASPA à l’Institut Dominique Pire. Elle nous éclaire sur la façon dont est vécu l’accueil de ces jeunes à l’école et pourquoi, en réaction à cela, elle a décidé de mener un projet avec Annoncer la Couleur (ALC).

Lors de sa participation à la formation À la Rencontre de l’Autre, qui traite des migrations et de la politique d’accueil des réfugiés en Belgique, Christine a pris connaissance des concours de projets d'ALC. Avec ses collègues, elle a décidé de concrétiser leur objectif de donner une véritable place aux élèves du DASPA au sein de l’école et par là leur redonner confiance.  En effet, elle partait du constat que ces élèves ne sont pas toujours bien accueillis  par les autres élèves et certains enseignants qui connaissent mal leurs parcours lorsqu’ils intègrent une classe « normale », souvent en cours d’année, avec les difficultés et les incompréhensions que cela peut susciter.

Un groupe d’enseignants du DASPA, interdisciplinaire (français, histoire, religion, langues, géographie, mathématiques), s’est donc lancé dans l’aventure d’un projet  repensant le système d’intégration de ces nouveaux élèves, le  fameux vivre-ensemble, la déconstruction de stéréotypes et une réflexion sur les migrations pouvant toucher toute l’école. Pour ce faire, les élèves et leurs enseignants vont réaliser un court-métrage qui présente leurs divers parcours de vies, un vrai dialogue entre tous les élèves et les enseignants de l’école.

La première étape, en ce mois de décembre 2016, est la venue de l'exposition du CIRE "Émigrants belges d'hier, un miroir pour aujourd'hui" dans l’école, visitée par tous les élèves pour les sensibiliser aux préjugés et discriminations qui se répètent dans l’histoire vis-à-vis des réfugiés. Les élèves du DASPA ont également démarré des activités d’expression afin de préparer le travail qu’ils mèneront bientôt avec des micros et une caméra.

Ensuite viendra le temps de la réalisation du film, accompagnée par des professionnels de Citizen Motion. Pour cela, tout le monde sera mis à contribution :

-          les élèves de DASPA qui raconteront leur parcours et leur installation en Belgique ;

-          les anciens élèves DASPA de l’école qui interviendront également pour expliquer l'évolution de leur situation depuis leurs premiers jours en Belgique ;

-          les enseignants du dispositif DASPA, mais aussi les autres enseignants et membres du personnel, qui les côtoient quotidiennement ;

-          tout élève de l’école qui souhaite parler de sa relation avec ses nouveaux camarades de classe.

En parallèle à la réalisation du film, le collaborateur éducatif d’Annoncer la Couleur qui suit le projet leur a renseigné quelques outils pédagogiques qui permettront d’ouvrir le débat et amorcer la thématique des préjugés et du vivre ensemble. Parmi ces outils, on peut retrouver les courts-métrages Babelgium, le DVD Illégal et son dossier pédagogique, les deux bandes-dessinées Chemins d'exil et leur dossier pédagogique, les DVD Le Rêve de Lola, Le dessous des cartes, etc. Les élèves ont donc de quoi débattre largement !

À terme, l’équipe porteuse du projet espère que toute personne fréquentant l’école (enseignant, élève, parent et personnel encadrant) pourra faire évoluer ses représentations et parfois les a priori négatifs qui affectent la scolarité de certains élèves du DASPA. Tout ceci s'inscrit donc dans une optique d'éducation citoyenne devant aider l'élève à prendre sa place dans l'école, le quartier et plus largement la société.

Christine Wuestenberghs précise : « On souhaite que la classe DASPA se sente dans un climat de confiance. Le projet a vocation de les rendre acteurs, de les émanciper et de créer des liens avec un effet contagieux sur les apprentissages tout en s’appuyant sur leur vécu. On vise aussi la promotion d'une culture d'ouverture en phase avec la tradition d'accueil des populations défavorisées que revêt le quartier des Marolles, au carrefour de migrations actuelles et passées. L'insertion, en aval, d'élèves DASPA dans des classes ordinaires contribue à "colorer" les groupes en amenant une plus grande diversité culturelle et à enrichir la notion de citoyenneté. »

Le projet en est donc à ses débuts mais promet un beau résultat, que l’on espère pouvoir vous présenter dans quelques mois. D’ici là, on leur souhaite beaucoup de plaisir lors de la réalisation du film et les activités en amont !